Recours à la kinésithérapie ou à l’ergothérapie au cours de la sclérodermie systémique : étude de cohorte dans le Réseau d’Intervention centré sur le Patient Sclérodermique (RIPS).

Titre original de l’article : Physical or Occupational Therapy Utilization in Systemic Sclerosis: A Scleroderma Patient-centered Intervention Network Cohort Study.

Nom des auteurs : Becetti K, Kwakkenbos L, Carrier ME, Gordon JK, Nguyen J, Mancuso CA, Mouthon L, Nguyen C, Rannou F, Welling J, Thombs BD, Spiera RF ; et les investigateurs du RIPS.

Revue : The Journal of Rheumatology

Lien : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/31043542

Résumé fait par : Dr C.NGUYEN

Contexte : Les traitements non médicamenteux, dont font partie la kinésithérapie et l’ergothérapie, sont recommandés dans le traitement des déficiences musculo-squelettiques chez les personnes ayant une sclérodermie systémique. Cependant, le taux de recours à la kinésithérapie ou à l’ergothérapie rapporté dans la littérature est inférieur à 50%. Dans cette étude, les auteurs ont voulu : 1/ déterminer le taux de recours à la kinésithérapie ou à l’ergothérapie et leurs indications, et 2/ identifier les variables cliniques associées au recours à la kinésithérapie ou à l’ergothérapie. Méthodes : Les auteurs ont conduit une étude transversale. Les participants ont été recrutés dans le Réseau d’Intervention centré sur le Patient Sclérodermique (RIPS) de Janvier 2014 à Septembre 2017. Le RIPS est une cohorte internationale en ligne (France, États-Unis, Canada, Espagne) de personnes ayant une sclérodermie systémique répondant aux critères ACR/EULAR 2013, âgés de plus de 18 ans, maîtrisant le Français, l’Anglais ou l’Espagnol, et ayant un accès à Internet. Les participants ont été invités à répondre à 3 questions sur l’utilisation de la kinésithérapie ou de l’ergothérapie au cours des 3 mois précédant l’inclusion : « Au cours des 3 derniers mois, avez-vous vu un kinésithérapeute, un ergothérapeute ou un autre professionnel de la rééducation ? »; « Si oui, était-ce pour les mains, pieds, bouche/visage, plaies, activités de la vie quotidienne ? » ; et « Si oui, combien de fois, au cours des 3 derniers mois, avez-vous reçu des soins de rééducation ? ». Les variables sociodémographiques et cliniques à l’inclusion ont été collectées selon une grille de recueil standardisée. Le handicap localisé à la main a été évalué au moyen du questionnaire auto-administré Cochin Hand Function Scale (CHFS) et le handicap global au moyen du questionnaire auto-administré Scleroderma Health Assessment Questionnaire (SHAQ). Les variables psychologiques ont été évaluées au moyen des questionnaires Patient Health Questionnaire (PHQ)-8, Patient Reported Outcomes Measurement Information System (PROMIS)-29, Satisfaction with Appearance (SWAP), Social Interaction Anxiety Scale (SIAS)-6 et Self-Efficacy for Managing Chronic Disease (SEMCD). Les variables cliniques ont été comparées entre les patients ayant et n’ayant pas eu recours à la kinésithérapie ou à l’ergothérapie au cours des 3 mois précédant l’inclusion, au moyen de tests du chi² et t indépendants. Une régression logistique binaire multivariée a été utilisée pour identifier les variables associées de manière indépendante au recours de la kinésithérapie ou de l’ergothérapie.

Résultats : 1627 participants ont été inclus dans l’analyse. Au total, 23% ont eu recours à la kinésithérapie ou à l’ergothérapie au cours des 3 mois précédant l’inclusion. Les taux de recours à la kinésithérapie ou à l’ergothérapie ont été de 43% en France, 28% en Espagne, 23% au Canada, 19% au Royaume-Uni et 17% aux États-Unis. Le nombre moyen de séances a été de 9,8 ± 10,7 au cours des 3 mois précédant l’inclusion. La kinésithérapie ou l’ergothérapie ont été indiquées pour les déficiences des mains chez 59% des patients, des pieds chez 27% et les activités de la vie quotidienne chez 30%. En analyse multivariée, le recours à la kinésithérapie ou à l’ergothérapie a été associé de manière indépendante à un niveau d’études supérieures (OR 1,08 [1,04-1,12]), à un enraidissement des petites (OR 2,09 [1,45-3,03]) et grosses articulations (OR 2,33 [1,14- 4,74], au niveau de handicap (OR 1,54 [1,18-2,02]) et à l’intensité des douleurs (OR 1,04 [1,02-1,06]).

Limites : Les patients de la cohorte RIPS constituent un échantillon de convenance, recrutés dans des centres de référence, et peuvent ne pas être représentatifs de l’ensemble de la population sclérodermique. Le taux de recours à la kinésithérapie ou à l’ergothérapie pourrait être plus faible en soins primaires. Les questions posées se limitaient à la rééducation supervisée et ne permettaient pas d’évaluer le recours à l’autorééducation et à l’activité physique adaptée, rapporté par plus de la moitié des patients dans l’étude menée par Azar et collègues. Par ailleurs, certaines variables importantes n’ont pas été collectées : le revenu, la couverture sociale et l’accessibilité locale aux services de rééducation.

Conclusion : Moins de 25% des personnes ayant une sclérodermie systémique ont recours à des séances supervisées de kinésithérapie ou d’ergothérapie. Il existe une grande variabilité d’un pays à l’autre. Les patients qui ont recours à la kinésithérapie ou à l’ergothérapie ont des douleurs plus intenses et des déficiences musculo-squelettiques et un handicap plus sévères que ceux qui n’y ont pas recours.

Perspective : De futures recherches sont nécessaires pour identifier les obstacles à la rééducation et mettre en œuvre des stratégies facilitatrices adaptées. Parmi les stratégies prometteuses, les programmes à domicile pourraient permettre de surmonter certains de ces obstacles, tels que les problèmes de coût et d’accessibilité.

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