Le modèle SPAR, modèle prédictif d’aggravation de pneumopathie interstitielle diffuse dans la sclérodermie systémique

Titre original: Prediction of progression of interstitial lung disease in patients with systemic sclerosis: the SPAR model

«État symptomatique acceptable pour le patient » et différence minimale cliniquement importante pour les résultats déclarés par le patient dans la sclérodermie systémique: Une analyse secondaire d’un essai contrôlé randomisé comparant la physiothérapie personnalisée aux soins habituels.

Auteurs:: Wanlong Wu, Suzana Jordan, Mike Oliver Becker, Rucsandra Dobrota, Britta Maurer, Håvard Fretheim, Shuang Ye, Elise Siegert, Yannick Allanore, Anna-Maria Hoffmann-Vold, Oliver Distler.

Revue: Annals of the Rheumatic Diseases

Auteur de la veille bibliographique: Dr Benjamin Chaigne
Lien: https://www-ncbi-nlm-nih-gov.gate2.inist.fr/pubmed/29875097

Contexte:
L’histoire naturelle de la pneumopathie interstitielle diffuse (PID) associée à la sclérodermie systémique (PID-ScS) est hétérogène. Certains patients ont une atteinte modérée persistante tandis que d’autres patients vont s’aggraver rapidement. Identifier les patients à risque d’aggravation est un challenge et un objectif encore non résolu dans la ScS. Ainsi, la recherche de biomarqueur ou de modèle permettant d’identifier ces patients est pertinente


Objectifs :

Les objectifs de cette étude étaient:

  • d’identifier des caractéristiques qui pourraient prédire l’aggravation de la PID-ScS modérée après un an de suivi dans une cohorte de dérivation,
  • de déterminer un modèle, simple et pratique, prédictif d’aggravation de la PID-ScS à un an,
  • et de valider ce modèle dans une cohorte internationale.

Méthodes :
Deux cohortes indépendantes, prospectives, ont été constituées. Ces cohortes ont inclus des patients avec une ScS répondant aux critères 2013 ACR/EULAR, ayant une PID modérée diagnostiquée sur une tomodensitométrie thoracique haute résolution par la présence de fibrose pulmonaire dans moins de 20% du volume pulmonaire total. Ces patients devaient avoir des données d’exploration fonctionnelle respiratoire disponibles à l’inclusion et après un an de suivi, et ne devaient pas avoir ni d’obstruction des voies aériennes respiratoires ni d’hypertension pulmonaire. L’aggravation pulmonaire était définie par une diminution, à un an, de la capacité vitale forcée (CVF) d’au moins 15%, ou bien par une diminution, à un an, d’au moins d’10% associée à une diminution d’au moins 15% de la diffusion libre du monoxyde de carbone (DLCO).

Le modèle statistique SPAR fut obtenu à partir de la première cohorte, dite de dérivation, après analyse multivariée de facteurs prédictifs candidats choisis par un panel d’experts, puis validé sur la seconde cohorte, dite de validation.

Résultats:

Un total de 25/98 et de 25/117 patients avec une PID-ScS se sont aggravés après un an de suivi dans les deux cohortes.

Le modèle de régression logistique a pris en compte 6 candidats prédictifs d’aggravation : la diminution de la saturation en oxygène (SpO2) au test de marche de 6 minutes (T6M), la survenue d’arthrite, la CVF, la DLCO, le score cutané de Rodnan modifié, et la durée de la maladie. Une diminution de la SpO2 au T6M (odd-ratio (OR) = 0,77, IC 95%  0,64 – 0,94, p=0,009) et la présence d’arthrite (OR = 6,84, IC 95% 2,19 to 21,33, p=0,001) ont été identifiées comme marqueurs prédictifs d’aggravation de PID-ScS modérée dans les deux cohortes.

Une courbe ROC (receiver operating characteristic) a permis de fixer une valeur de SpO2 au T6M de 94% comme valeur seuil.

Le modèle SPAR (pour Sp02 et Arthrite), ainsi obtenu, augmente la prédiction d’aggravation de 25,5% à 91,7% avec une aire sous la courbe de (IC 95%) 0,83 (0,73 – 0,93).

Limites :
Cette étude comporte des limites. D’une part, il existait des données manquantes dans les bases de données ce qui a limité le nombre de facteur prédictifs d’aggravation inclus dans l’analyse multivariée. D’autre part, la mesure de la Sp02 est mesurée dans la plupart des centres par oxymétrie digitale dont on sait la difficulté chez les patients atteints de ScS. Enfin, le taux de patients ayant une PID-ScS s’aggravant à un an est important dans les deux cohortes.

Conclusions :

Les auteurs de ce travail concluent d’une part que la baisse de la Sp02 au T6M et la survenue d’arthrite à tout moment du suivi sont des marqueurs prédictifs d’aggravation de PID-ScS modérée et d’autre part que le modèle SPAR, ainsi fondé sur des preuves, pourrait être une aide à la stratification de risque des patients avec une PID-ScS aussi bien en pratique clinique quotidienne que dans les essais cliniques thérapeutiques.

Références
PMID: 29875097

Lien pour marque-pages : Permaliens.

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